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Gaby Barathieu : De l’image à la science

Les images sous-marines de Gaby Barathieu ont fait le tour du monde, largement récompensées et publiées partout. Mais aujourd’hui, à travers son association Deep Blue Exploration, il consacre la majeure partie de son temps à l’étude et à la préservation des eaux profondes mahoraises.

Rien au départ ne le prédestinait à poser ses bagages à Mayotte. Originaire des Landes, dans le sud-ouest de la France, l’océan Atlantique berce son enfance. Il ne découvre l’Océan indien qu’en 1999, à la Réunion. Il a 16 ans et entrevoit un nouveau monde. Mais après cette brève incursion, il attendra 10 ans avant de s’installer en terre réunionnaise, et 5 de plus pour gagner Mayotte. « La richesse du lagon, des récifs alentour, se souvient-il, y ont été pour beaucoup lorsque j’ai décidé de vivre ici. » Quelques années plus tôt, il a découvert la plongée sous-marine, a acheté très vite son premier appareil photo et son premier caisson, sans pour autant se douter de l’importance que l’image prendra dans sa vie. Du gros, du petit, de l’immobile, du furtif, il immortalise avec une curiosité sans cesse renouvelée l’impressionnant bestiaire sous-marin de l’océan Indien. Les baleineaux espiègles, les anémones chatoyantes, les délicates crevettes, les requins majestueux, rien n’échappe à son regard de photographe attentif aux détails et à la magie de chaque rencontre. Des premiers centimètres d’eau aux grandes profondeurs, il pose le même regard émerveillé sur la faune et la flore, magnifie toutes les transparences et les couleurs du lagon et les flamboyances du récif.

Très vite, il se forme à la plongée en recycleur, un équipement qui lui permet d’augmenter considérablement la durée de ses incursions de l’autre côté de la surface. « Mais aussi et surtout, poursuit-il, de ne pas faire de bulles et de faciliter ainsi l’approche avec les animaux ».

La consécration internationale

En 2017, quelques années seulement après ses premiers clichés, il est sacré « Underwater photographer of the year » avec une image de poulpe prise dans le lagon de Mayotte. Un prix qui dans le milieu de la photographie est une formidable reconnaissance, une consécration internationale majeure. « Dans le lagon de Mayotte, raconte-t-il, lors des marées basses de printemps, il y a très peu d'eau sur les platiers. Seulement 30 cm en fait. C'est à ce moment-là que j'ai pris cette photo. » En lumière naturelle, il magnifie ce jour-là l’un des habitants emblématiques du lagon. Et bien d’autres prix, glanés au cours de festivals internationaux auxquels il participe, viennent compléter son palmarès. Il publie ses images dans de nombreux magazines, comme Science et Vie, Géo, National Géographic ou encore dans la presse spécialisée en plongée sous-marine, en France et à l’étranger. Cette reconnaissance de son travail, si elle est bien sûr pour lui une source de fierté, ne le satisfait pas pleinement. Il souhaite aussi, en quelque sorte, rendre à sa terre d’adoption ce qu’elle lui a donné. « Faire de la belle image, commente-t-il, n’est plus suffisant pour moi. Je pense qu’il est aujourd’hui particulièrement important de s’investir dans la préservation de notre patrimoine sous-marin. » En 2019, avec l’un de ses amis, Gaby Barathieu crée l’association Deep Blue Exploration, dont il est président. Sa passion des petits fonds et des récifs coralliens les plus accessibles ne s’est jamais démentie, mais il s’investit depuis de plus en plus dans l’étude de ce que l’on appelle la zone mésophotique.

La zone mésophotique, réservoir de vie

C’est sans doute la zone la plus méconnue de nos océans, trop profonde pour les plongeurs classiques, peu étudiée par les scientifiques qui dès les années 70 ont concentré leurs efforts sur les grandes fosses océaniques, à l’aide de sous-marins d’exploration. Mais le développement de la plongée en recycleur permet aujourd’hui de s’y aventurer et d’explorer des récifs inconnus, entre 80 et plus de 100 mètres de profondeur. Le but de l’association fondée par le photographe est double : documenter leur exceptionnelle biodiversité, ramener en surface des images pour témoigner de leur beauté inconnue ; mais aussi mettre en place une démarche scientifique et étudier ces zones refuges, qui pourraient participer à la préservation de nombreuses espèces, menacées à moindre profondeur par les effets du changement climatique. En intervenant dans le cadre de différents programmes de recherche, portés notamment par le Parc naturel marin de Mayotte, l’association met aujourd’hui ses connaissances et ses moyens humains au service de la science. Il s’agit cette fois de plongées particulièrement techniques, pour lesquelles quelques précieuses minutes de temps passé au fond à inventorier, récolter des informations, observer, se soldent par des paliers de décompression de plusieurs heures. On est bien loin des heures interminables que l’on peut passer dans le lagon à saisir d’incroyables scènes de vie dans quelques dizaines de centimètres d’eau !

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Travail par 100 mètres de profondeur

Participer à des programmes de recherche

Le premier projet d’envergure auquel participe activement le photographe, MESOMAY, est actuellement mené sur différents sites des pentes externes du récif, entre 50 et 150 mètres de profondeur. « Il s’agit surtout, explique-t-il, à travers les phases successives de ce programme, de dresser un inventaire des espèces faunistiques, et de le documenter ». Ce programme, en trois volets, est financé par l’Office français de la biodiversité, en partenariat avec diverses structures, notamment le Parc naturel marin de Mayotte. Et les résultats, si toutes les données recueillies n’ont pas encore fini d’être exploitées, ont déjà permis de révéler des espèces encore jamais décrites à Mayotte ! Certaines pourraient même être encore inconnues pour la science. Des échantillons prélevés à grande profondeur et analysés selon la technique de l’ADN environnemental, qui consiste à retrouver la trace de tous les organismes vivants à travers un simple prélèvement d’eau permettront de compléter les inventaires réalisés par les plongeurs, secondés par un ROV. 

Un nouveau programme, CORCOMA (Conservation des Récifs Coralliens de Mayotte), vient également d’être lancé. Le but est cette fois de mettre en place une station d’étude permanente, afin de permettre un suivi à long terme. Des stations sont disposées entre 5 et 120 mètres, qui enregistrent de nombreuses données, comme la température, la luminosité, la quantité de nutriments… Il s’agit aussi de voir comment se font les échanges entre les zones de surface et les grandes profondeurs, comment son connectés les récifs accessibles à tous et les zones les plus profondes, où la lumière pénètre peu. Photogrammétrie, prélèvements, études génétiques à travers la technique de l’ADN environnemental, cartographie en 3D des habitats pour mieux connaître les communautés et la dynamique des peuplements, marquage et micro-prélèvements sur des organismes clés pour établir une banque de données moléculaire, détermination de bio-indicateurs précoces de stress viendront compléter les informations d’une équipe de scientifiques pluridisciplinaire. L’objectif ultime, dans le contexte du changement climatique, est de comprendre comment les zones profondes peuvent servir de refuge à certaines espèces, mais aussi de zones de repeuplement, sortes de réservoir de vie si les conditions de surface deviennent moins favorables.

Travailler pour l’avenir

« Le lagon et les récifs de Mayotte, conclut le photographe, vont actuellement plutôt bien, ils sont en bonne santé, mais ces études sont importantes pour préparer l’avenir ». De fait, la plongée scientifique occupe aujourd’hui plus de 70% de son temps, et il réinvestit dans l’association tous les revenus de ses images. Il participe également à de nombreuses actions de sensibilisation, notamment auprès des plus jeunes.

Parallèlement, Gaby Barathieu poursuit d’autres projets. En explorant les récifs profonds, il explorait l’an dernier une immense grotte karstique, formée lorsque le lagon n’était pas encore sous les eaux. Passée l’entrée qui se trouve à une cinquantaine de mètres de profondeur, tout un royaume de stalactites et de stalagmites se dévoile jusqu’à plus de 80 mètres. « Nous avons déjà fait une première datation, explique-t-il, estimée à 17000 ans, et nous prévoyons de monter une expédition d’envergure dans l’année qui vient, pour mieux comprendre cette formation géologique ». Un trésor de Mayotte encore inconnu. 

« C’est aussi pour cela, conclut le photographe, que je voyage moins, j’ai tout ce qu’il faut ici ». L’île, en quelques années, est devenue son terrain de jeu privilégié, son véritable port d’attache.


Découvrez moi en vidéo

Reportage TV dans l'émission les Témoins d'Outre mer 

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Reportage TV sur Gabriel Barathieu, photographe sous marin mondial de l'année 2017.

Interview dans le cadre d'une photo du Piton de la fournaise en éruption, sélectionnée par National Geographic.

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Reportage TV diffusé sur France Ô, dans l'émission « Les témoins d'outre mer ».

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